Réforme des retraites : Le projet du gouvernement réveille les rivalités entre policiers et gendarmes

Comment comparer ? Les suggestions et contraintes semblent tellement différentes. 

Jacky LEFORT

 

 

MOBILISATION Les syndicats souhaitent que le système de retraite des policiers soit aligné sur celui des gendarmes qui disposent du statut militaire  

 

  • Entre 200 et 300 policiers se sont réunis ce mercredi devant le palais d’Iéna où le Premier ministre détaillait le projet de réforme des retraites.
  • Les syndicats de policiers demandent le maintien du système actuel et affirment que les gendarmes ne seraient pas concernés par la réforme.
  • Les gendarmes, qui disposent du statut militaire, pourraient eux aussi être touchés par la réforme, sans savoir à l’heure actuelle dans quelle mesure.

« Les gendarmes, avec nous ! Les gendarmes, avec nous ! » scandent les nombreux policiers réunis devant le palais d’Iéna (16e). Depuis plusieurs jours, les organisations syndicales mobilisent leurs troupes contre le projet de réforme des retraites, détaillé ce mercredi par le Premier ministre, Edouard Philippe, au Conseil économique, social et environnemental, de l’autre côté de la place bouclée par les militaires. Derrière les barrières métalliques, les manifestants les regardent presque avec envie. « Ce qu’ils ont, c’est bien. Il faut aligner notre système de retraite sur le leur », explique le secrétaire général de l’Unsa police, Philippe Capon.

Les gendarmes, affirme Fabien Vanhemelryck, secrétaire général d’Alliance police, ne seraient pas concernés par cette réforme en raison de leur « statut militaire ». Alors que les policiers, qui « traitent 75 % de la délinquance en France », pourraient perdre leur système de retraite spécifique. « On demande le même traitement qu’eux et un minimum de considération de la part du gouvernement », poursuit-il. Philippe Capon ajoute que les fonctionnaires de police obéissent « au même code de déontologie, aux mêmes règles, aux mêmes obligations ». « On ne veut rien enlever aux gendarmes, souligne le syndicaliste. On veut simplement aller vers eux. »

« On entend bien qu’ils sont militaires »

« On ne demande pas tant la parité avec les gendarmes, on souhaite déjà le maintien du système actuel », explique pour sa part Linda Kebbab, déléguée nationale au sein du syndicat Unité SGP Police FO. Et la syndicaliste d’ajouter : « On entend bien qu’ils sont militaires. Mais il ne faut pas creuser le fossé entre deux corps qui ont des missions similaires. » Actuellement, tous les policiers bénéficient d’une bonification spéciale qui leur offre une annuité de cotisation tous les cinq ans. Elle est plafonnée à cinq annuités et, pour y être éligible, le fonctionnaire doit avoir exercé 27 ans.

Les gendarmes, eux, bénéficient d’un système qui leur permet de partir « après 17 années ou 27 années pour les officiers », explique Frédéric Lelouette, président de l’association professionnelle Gend XXI. Une manière, pour cette force militaire, de conserver des personnels « jeunes » et de leur permettre de se reconvertir ensuite après une première expérience dans la gendarmerie. S’ils ne bénéficient pas du même système de retraite que les policiers, « c’est parce que les gendarmes n’ont pas les mêmes contraintes qu’eux », note le sous-officier. « Nous n’avons pas le droit de manifester, nous n’avons pas d’heures supplémentaires, de compte épargne temps… »

« Nous ne râlons pas trop pour l’instant… »

De toute façon, dit-il, les gendarmes seront aussi touchés par la réforme des retraites. Leurs pensions sont calculées sur les six derniers mois d’activité. Si la totalité de leur carrière était prise en compte, comme il est envisagé par le gouvernement, « un adjudant pourrait perdre environ 700 euros de retraite », redoute Frédéric Lelouette. « Mais c’est encore très flou, c’est pour cela que nous ne râlons pas trop pour l’instant. »

Les syndicats de policiers, eux, n’ont pas été convaincus par le discours du Premier ministre. Edouard Philippe a pourtant assuré ce mercredi que « ceux qui sont exposés à des missions dangereuses dans le cadre de missions régaliennes », soit les « pompiers, les policiers, les gendarmes, les militaires », « conserveront le bénéfice de dérogations d’âge » et que « les gains représentés par les bonifications de durée dans ces régimes seront préservés ». « On se fout de nous », estime Fabien Vanhemelryck. L’intersyndicale appelle les agents à poursuivre leurs actions.

Ce mercredi, c’est au tour de CRS de se mobiliser. « Plusieurs centaines, voir plusieurs milliers » de CRS, selon le secrétaire général d’Alliance, sont allées consulter un médecin et se font porter pâles. « Pour le match du PSG de ce soir [face aux Turcs Galatasaray en Ligue des Champions], ça risque d’être compliqué, car ils ne peuvent plus aller au charbon. Ce n’est pas qu’ils ne veulent plus, c’est qu’ils sont fatigués car le gouvernement ne les respecte pas, ils n’en peuvent plus. » Les autorités pourraient alors demander aux gendarmes mobiles d’assurer la sécurité aux alentours du Parc des Princes, eux qui n’ont pas le droit de grève.

H.B. et L.Br.

 


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